À l’occasion d’Innovative Learning 2026, les 8 et 9 avril, une demi-journée est consacrée aux retours d’expérience Digital Learning. Un format exigeant, centré sur des cas concrets et des résultats mesurables. Frédéric Kuntzmann, animateur des REX Digital Learning 2026, en précise les enjeux et la promesse pour les Directions Formation.
Dans quel contexte s’inscrit cette demi-journée consacrée aux REX Digital Learning 2026 ?
Nous sommes à un moment charnière. Le Digital Learning se doit désormais de prouver son impact. Dans un contexte de fortes innovations, notamment marquées par le développement de l’IA, les retours d’expérience ne sont plus un simple exercice de communication. Ils deviennent un levier stratégique pour les Directions Formation en quête d’efficacité, de vitesse et de transformation durable. L’ambition de cette demi-journée est précisément là : proposer un concentré de pratiques concrètes, incarnées par des organisations qui ont franchi un cap.
Quelles sont les grandes thématiques qui structurent cette édition ?
Cette édition met explicitement l’accent sur trois grandes lignes de force. D’abord, l’industrialisation pédagogique à l’ère de l’IA : comment produire plus vite, mieux, et à grande échelle sans sacrifier la qualité ni la conformité. Ensuite, la réconciliation entre digital et terrain, autrement dit concevoir des dispositifs réellement utilisés, utiles et intégrés aux pratiques métiers. Enfin, la montée en compétence comme moteur de performance, avec des approches qui dépassent la simple formation pour toucher à l’organisation, aux compétences et à la culture. Ces thématiques traduisent une évolution majeure : le Digital Learning ne se limite plus à former, il devient un système vivant au service de la transformation des entreprises.
Quels types de projets illustrent l’industrialisation et la transformation des dispositifs ?
Parmi les interventions marquantes, plusieurs projets incarnent parfaitement cette bascule. Le projet d’OVHcloud montre comment une organisation peut massivement acculturer à l’IA en un temps record. En moins de neuf mois, plus de la moitié des collaborateurs ont été sensibilisés grâce à une “AI Content Factory”. Derrière ce terme, un changement de paradigme : l’IA n’est plus seulement un sujet de formation, elle devient un outil de production pédagogique. Résultat : des contenus créés jusqu’à six fois plus vite, une diffusion massive et une satisfaction au rendez-vous. Autre illustration forte avec ENGIE, qui a complètement repensé son dispositif de formation. Ici, pas de surenchère technologique, mais un retour à l’essentiel : des contenus plus courts, plus lisibles, plus faciles à produire et à maintenir, une co-construction étroite avec les experts métier, et une autonomie renforcée des équipes. Le résultat est sans appel : une formation plus engageante, mais également un système capable de se régénérer en continu.
Quels projets illustrent la transformation de l’évaluation et de l’apprentissage sur le terrain ?
Le projet Decathlon apporte un éclairage complémentaire. Il ne s’agit plus seulement de former, il faut aussi structurer l’évaluation des compétences à l’échelle mondiale. Avec un processus clair, duplicable et orienté terrain, l’entreprise transforme la perception même de l’évaluation : d’un exercice contraint, elle devient un levier de développement et de performance. Enfin, des initiatives comme FlighTeam à l’IAE Paris-Est ou les approches d’ingénierie frugale chez Renault illustrent une autre tendance clé : l’apprentissage par l’expérience, avec des simulations immersives, des mises en situation et des dispositifs sobres et efficaces. L’enjeu est clair : faire vivre la compétence plutôt que la transmettre.
Au-delà des contenus, qu’est-ce qui fait la spécificité de ces REX ?
La force des REX repose autant sur les contenus que sur l’animation pensée pour être la plus riche possible. Ici, pas de keynote descendante, mais un partage interactif, où les intervenants sont challengés sur leurs choix, leurs arbitrages et leurs résultats. Ce qui n’a pas fonctionné, ce qui a été difficile, les compromis réalisés. L’objectif est simple : passer du récit lisse au retour d’expérience utile, en entrant dans le détail des moyens mobilisés, du temps nécessaire, des freins rencontrés et des résultats mesurables obtenus. Ce niveau d’exigence change tout. Il permet aux participants de se projeter concrètement, et non de repartir avec une simple inspiration.
Justement, qu’est-ce qui distingue un REX inspirant d’un REX réellement utile ?
Un témoignage inspirant donne envie. Un retour d’expérience utile permet d’agir. La différence tient à trois éléments : la précision, l’honnêteté et la transférabilité. Un bon REX détaille les étapes, les outils, les ressources. Il assume les difficultés et les limites. Il permet à d’autres organisations de s’en emparer, en comprenant ce qui est adaptable ou non. C’est précisément cette exigence qui guide la sélection des interventions : chaque projet présenté doit apporter des enseignements directement mobilisables.
Pratiquement, avec quoi repartent les Directions Formation ?
À l’issue de ces sessions, l’enjeu n’est pas de repartir avec des idées, mais avec des décisions. Décider d’industrialiser la production de contenus en s’appuyant sur l’IA, de simplifier des dispositifs devenus trop complexes, de repositionner l’évaluation comme un levier stratégique, ou encore de reconnecter la formation aux réalités du terrain. Plus concrètement, une Direction Formation doit être en mesure de revoir ses priorités : accélérer là où c’est nécessaire, simplifier là où c’est possible, et surtout mesurer l’impact réel de ses actions. Parce que au fond, c’est bien cela qui se joue : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats.
Un dernier mot pour les participants potentiels ?
Cette demi-journée présente des solutions déployées dans différentes organisations, mais se veut aussi apporter des preuves, des méthodes et des retours d’expérience qui permettent d’avancer plus vite, en évitant de réinventer ce que d’autres ont déjà testé. Pour toute organisation engagée dans sa transformation, c’est une opportunité comme chaque année : confronter ses pratiques, s’inspirer des meilleurs, et surtout repartir avec une feuille de route plus claire.
Propos recueillis par la rédaction de L’Essentiel RH-Learning.
